Cinquante nuances de regrets…

La femme soumise, innocente, faible et manipulable. C’est ce que veulent les hommes. C’est ce que veulent les femmes aussi. Au fond, nous nous complaisons tellement bien dans ce schéma social ancestral. Sinon pourquoi irions-nous chercher des icônes dans des films pseudos-érotiques mettant en scène des désirs sexuels soit disant inavoués ? Pourquoi rechercher alors des sensations à travers des images véhiculant les purs clichés sociaux et sexuels contemporains?

PHO345dca9e-b8f7-11e4-98a6-58ff111f24ca-805x453

Loin de moi l’idée de vous parler en tant que féministe, politicienne, historienne ou psychologue. Je n’endosserai pas le costume de la journaliste, ni de l’infirmière, ni de l’étudiante, et pas même celui de la policière ou de la bibliothécaire. Je veux simplement vous dire mes regrets. Regrets d’une société régie par des siècles de dictats sexuels qui se complait dans ce qui la valorise le moins. Cette pression sociale dont nous sommes les héritiers se traduit dans toutes nos attitudes. Dès lors, selon la mode, nous en venons tantôt à prôner la liberté de la femme, la libération sexuelle et à jeter nos soutien-gorges, tantôt à l’annihiler. En 2015, donc, les plus branchées préfèreront inévitablement se faire attacher à un radiateur et se faire fouetter en hurlant « merci maître ». En réalité, les femmes comme les hommes sont certainement très très loin de leurs véritables désirs.

topelement

Ce qui transparaît à travers le temps, c’est surtout cette mode qui ne cesse de tout régir. Le culte de la performance y est, bien sûr, pour beaucoup. Ainsi, l’individu se voit presque contraint d’aimer un sexe totalement épilé, recevoir une fessée par une cravache, être saucissonné et pendu à des crochets… comme si, pour être accepté socialement, il fallait pouvoir aimer ce qu’il est à la mode d’aimer.

Dites-vous que si vous avez fait partie des deux millions de curieux français (la première semaine) à être allé voir Fifty shades of Grey, c’est que vous êtes humains, tout simplement. Oui, c’est la nouveauté qui vous a titillé : franchement, parler du beau Christian Grey devant la machine à café avec sa collègue de bureau (pour une fois qu’on a quelque chose à lui dire !), mesdames, nous fait rajeunir de dix ou vingt ans, comme lorsqu’on parlait à une copine du merveilleux Billy Crawford ou de l’incroyable Orlando Bloom qui ornait les murs de notre chambre lors d’une soirée pyjama. Ce phénomène « nuances de Grey » permet aux femmes de parler de sexe et aux hommes de profiter ou subir les nouvelles envies créatives de leurs compagnes.

50-nuances-de-grey_max1024x768

En réalité, ce qui nous plaît, c’est réellement cette nouveauté car le fait de parler de sexe avec votre mère, votre tante, votre belle-sœur, votre professeur de cuisine thaï ou la caissière du supermarché est (je ne sais pas pour vous) un phénomène des plus nouveaux ! C’est comme si vous vous sentiez libérée d’un poids indescriptible et que pour la première fois, vous vous sentiez comme tout le monde. Pourtant, réfléchissez. Il n’y a rien de plus triste. La mode nous fait devenir uniforme et tous semblables. Nous devenons des robots : en société lorsque nous adressons un sourire hypocrite à la boulangère et jusque sous notre couette quand on assure à notre Jules que « si, il faut avoir les yeux bandés, c’est Magalie qui me l’a dit, elle a vu le film trois fois et elle a lu le bouquin ! ». Nous ne sommes plus jamais seuls face à nos désirs réels, nous devenons dès lors des clones et nous fuyons nos véritables envies. Alors où en est donc la satisfaction ? Alors oui, j’ai au moins cinquante nuances de regrets à partager.

50-nuances-de-grey-gif-ana2

Je regrette que les hommes et les femmes se voient entravés dans un schéma sexuel auquel il leur faut adhérer à cause d’une pression sociale.

Je regrette l’extrême ferveur médiatique autour d’un « récit d’un fantasme sur un forum » qui caractérise une France de plus en plus pauvre culturellement.

Je regrette cette hypocrisie générale qui nous fait prendre un masque lorsqu’on dit « je vais au cinéma ce soir » pour cacher notre désir de voyeurisme et d’attrait autour du culte du sexe.

Je regrette d’avoir à expliquer à mes futurs enfants que non, on peut très bien vivre heureux sans faire comme tout le monde.

Je regrette déjà d’avoir à consoler ma future fille en essayant de lui dire que non, elle n’est pas obligée de faire semblant d’aimer se faire fouetter pour correspondre aux codes et à la mode actuelle et qu’aucun Prince Charmant ne s’appelle Christian Grey.

Je regrette qu’aujourd’hui, aucune de ces deux millions de personnes qui sont allées voir l’adaptation d’E. L. James n’ait eu le réflexe de seulement y penser.

Marion Delage.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *